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  • Stéphanie Grimaud

Le pouvoir caché des jurons


Colère, agacement, fureur ou même surprise : un mot ordurier sort de votre bouche. Que s’est-il passé ? Dans votre cerveau, des zones ancestrales se sont réveillées. Et, bizarrement, elles aident à mieux supporter la douleur ou les contrariétés.



Dernièrement, lors de son partage de vécu, une de mes clientes à lâcher avec enthousiasme : « Putain, je viens de comprendre un truc ! ». Puis confuse, elle s’excusa d’avoir juré. Je l’ai alors rassurée : dans mon cabinet de sophrologie tout est accueilli avec bienveillance et neutralité et je l’ai encouragée à poursuivre le partage de sa prise de conscience.


A qui cela n’est-il pas arrivé ? Que l’on soit jeune ou âgé, homme ou femme, seul ou avec des amis, on a tous proféré un jour des insultes ou des obscénités. Tous les parents ont connu la période pipi-caca de leur progéniture.

Je songe à ma propre fascination d’enfant pour les gros mots, la cour de l’école étant un lieu privilégié d’apprentissage en la matière.

Je me souviens qu’en bonne mère-indigne, las de gronder mon fils, j’ai fini par l’autoriser à dire des gros mots à la maison sur un laps de temps déterminé, notamment après une journée difficile à l’école. N’étant plus tabou, la période pipi-caca-boudin lui est passée rapidement.


En grandissant, force est de constater que l’on y intègre le registre sexuel : j’en veux pour preuve les « putain » ou autres insultes plus crues … (je laisse libre court à votre imagination). Car le langage ordurier a un pouvoir considérable. Il peut être utilisé pour transmettre des émotions, notamment la colère, la frustration et aussi la joie. Ce langage est de nature à offenser, humilier, rabaisser et exclure. Et pourtant – et paradoxalement –, il est important d’y porter un regard nuancé.

C’est ce que nous explique Guillaume Jacquemont dans son dossier du magazine Cerveau & Psycho : « Le pouvoir caché des jurons » : on y apprend que ce n’est qu’à partir des années 70 qu’a été fondé la discipline scientifique de la malédictologie (du latin maledicere, "dire quelque chose] (dicere) mal "et grec Logia, "étude de") aux États-Unis. Les malédictologues étudient les aspects psychologiques, sociologiques, linguistiques et neurobiologiques des jurons. Ils ont mis en lumière certains faits qui peuvent surprendre. Ainsi, jurer serait bon pour la santé. Cela offrirait un exutoire à l’agressivité, tout en atténuant le stress et la douleur.


Aïe, ça fait p… ain de mal !


Qui n’a jamais juré en se cognant le petit orteil ? Dans tous les cas, la table basse, elle, en est témoin.

Des chercheurs ont démontré que le fait de pouvoir jurer à haute voix diminue la sensation subjective de douleur. En effet, lors d’une expérience d’un enseignant-chercheur, il a été demandé à des étudiants de tenir une main plongée dans de l’eau glacée. Ceux qui ont prononcé des mots vulgaires plutôt que des mots neutres ont tenu en moyenne 40 secondes de plus. En même temps, ces sujets ont montré une perception réduite de la douleur et une augmentation du rythme cardiaque.


Selon les chercheurs, le fait de fulminer augmente le niveau d’agressivité et place le corps en état d’alerte. La réaction de lutte ou de fuite du système nerveux autonome conduit finalement à l’atténuation de la douleur. Cette thèse est étayée, par exemple, par le fait que le stress provoque également une réaction de lutte ou de fuite dans l’organisme et qu’il est connu pour avoir un effet antidouleur.

En 2018, un chercheur a découvert un autre effet : les invectives améliorent les performances physiques. Il est parvenu à cette conclusion après avoir demandé à des sujets de pédaler sur un vélo d’appartement : ceux qui juraient parvenaient à maintenir un effort plus important sur une même durée.

Un rôle important du langage injurieux est peut-être bien de permettre aux gens de « se défouler », en servant d’exutoire pour soulager les tensions psychologiques.

Pour celles et ceux qui conduisent, votre voiture en est le témoin privilégié.


Ainsi, après avoir été tabou, les gros mots sont aujourd’hui largement réhabilités, tout le monde en dit. Et, pour celles et ceux qui s’en désolent, ce n’est pas près de s’arranger, puisque la science en vante les bienfaits : dire des gros mots quand on s’est fait mal, cela soulage la douleur.


Je vous invite à présent à vous poser quelques instants et vous interroger dans quelles situations dites-vous des gros-mots ? Est-ce pour gérer votre stress, des émotions désagréables, de la douleur ? Au contraire, pour exprimer votre joie ou de la surprise ? Ou dans d’autres situations encore ?


Quoi qu’il soit, soyez rassuré : dans mon cabinet de sophrologie, vous pourrez jurer si cela vous chante, et je pourrai vous apprendre, non pas des nouveaux gros mots, mais des techniques pour gérer les manifestations de votre stress, accueillir vos émotions désagréables ou gérer votre douleur, et aussi pour développer vos super-pouvoirs : vos capacités d'adaptation, respiratoire, de concentration, de détente, etc...


Pour conclure, je vous partage, non sans émotion, mon juron préféré : "putaing", avé l'accent. Réminiscence de mon papa qui, telle une virgule verbale propre à sa région natale, ponctuait ses phrases par ce mot là.




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